Tout commence en février 1999. Alors que la société du Passage du Nord prépare la rénovation des façades extérieures, un constat s'impose sur les galeries intérieures. L’architecte de la Direction du Patrimoine Culturel (ex-DMS) et le directeur de la société parcourent les lieux : le verdict est sans appel.
Les 37 devantures commerciales sont devenues totalement disparates. Les vagues de « modernisation » des années 50 à 70 ont défiguré l'unité visuelle de ce lieu emblématique de Bruxelles. Il devient urgent d'agir pour préserver ce patrimoine.
En octobre 2000, la faillite d'un locataire libère trois vitrines (n° 14, 16 et 18). C’est le déclic. Plutôt que de louer en l'état, la société décide de lancer un projet pilote de rénovation architecturale : une reconstitution à l’identique des devantures de 1881. L’aventure administrative commence avec l’obtention rapide d'un avis favorable des autorités.
Pour réussir cette restauration, il fallait des modèles. L’équipe s'est appuyée sur les rares témoins du passé encore intacts au sein de la galerie :
- La Coutellerie du Roi (n°27) : Véritable capsule temporelle, c’est la seule devanture n’ayant quasiment pas changé depuis 1881. Son soubassement en pierre bleue, sa corniche en bois et ses détails en laiton ont servi de référence absolue. On a même retrouvé dans ses caves les structures métalliques d'origine !
- Le n°23 : Ses éléments en pierre bleue et son seuil d'origine ont permis de définir les futurs standards de restauration des sols.
Ces indices matériels, croisés avec les plans originaux de l’architecte Henri Rieck et des photographies d'époque, ont permis de valider une charte de restauration fidèle au style éclectique du XIXe siècle.
Sous la direction de l'architecte Roger Delfosse et de l'entrepreneur Jordens, les travaux débutent en mai 2001. Mais restaurer le patrimoine à Bruxelles demande de la patience. Ce qui devait durer deux mois s'étalera finalement sur plus d'un an.
Entre les erreurs de mesure des pierres, les congés du bâtiment et les ajustements minutieux demandés par la Direction du Patrimoine, le chantier avance à tâtons. Il a fallu non seulement refaire les vitrines, mais aussi mettre aux normes l'électricité et rénover les intérieurs pour permettre une future mise en location.
Même les derniers instants furent rudes : lors de la pose des volets, deux vitrines volent en éclats et doivent être recommandées. Ce n'est que le 18 septembre 2002, soit 15 mois après le premier coup de pioche, que la réception provisoire est prononcée.
Bien que complexe, ce premier chantier a servi de laboratoire.
En "se faisant les dents" sur ces trois premières unités, la société du Passage du Nord a prouvé qu'une rénovation architecturale exigeante était possible. Ce succès a marqué le coup d'envoi d'un programme global qui, sur 18 ans, a redonné à cette galerie son éclat d’antan, faisant d'elle l'une des plus belles adresses de Bruxelles.